Suite à la parution de notre enquête sur la combustion des "pins parasols à carte mère" dans le bassin d'Arcachon, notre standard téléphonique a littéralement explosé. Parmi les nombreux appels, celui de Loïc T., 41 ans, technicien fibre optique et lanceur d'alerte, nous a particulièrement interpellés. Selon lui, notre précédent témoin n'a vu que la partie émergée du complot. Les incendies ne sont pas dus à des batteries qui surchauffent : ce sont des opérations immobilières clandestines et volontaires, orchestrées par les géants de la Tech pour héberger les immenses cerveaux de l'Intelligence Artificielle (IA). Nous avons retranscrit son appel, passé depuis une cabine téléphonique sécurisée et tapissée de papier aluminium au cœur d'une forêt domaniale.

L'Interview Exclusive

Loïc, vous avez lu notre article sur les arbres artificiels qui prennent feu. Vous affirmez que notre témoin précédent se trompe de complot ?Allô ? Allô, vous m'entendez ? Ça grésille, c'est l'alu, c'est normal. Bon. Jean-Yves, je l'aime bien, hein, mais Jean-Yves il a trouvé un port USB dans une pomme de pin et il croit qu'il a tout compris. Non. Non non non. C'est beaucoup plus gros. Les forêts, elles brûlent pas toutes seules, on les brûle. Exprès. Pour faire de la place. Vous croyez qu'il est où, ChatGPT ? Dans un nuage ? (Il rit.) Le cloud, c'est des hangars, mon vieux. Des hangars énormes, remplis de serveurs. Et ces hangars, faut bien les mettre quelque part.
Vous suggérez que l'on brûle nos forêts pour construire des data centers à la place ?Ben évidemment ! Réfléchissez deux secondes. Acheter un terrain agricole, c'est trois ans de paperasse, les écolos qui gueulent, le maire qui veut sa photo. Alors que cramer dix mille hectares de pins ? Quarante-huit heures, et vous avez un terrain tout plat, tout propre, et même pas cher parce que c'est « catastrophe naturelle ». Et attendez, le meilleur : la cendre, une fois tassée, c'est le meilleur isolant pour les processeurs. C'est prouvé. Enfin, moi je l'ai prouvé. Dans mon garage.
C'est une accusation gravissime. Avez-vous des preuves de cette machination ?J'y suis allé hier soir. Sur les cendres encore chaudes, en Gironde. Les journalistes, ils filmaient les braises pour le 20 heures. Moi, je regardais par terre. Et qu'est-ce que je vois ? Les bulldozers qui font soi-disant des « tranchées pare-feu ». Pare-feu, mon œil. Ils posaient des gaines de fibre ! Je suis technicien fibre, je sais reconnaître une gaine, quand même ! Et sous une souche, j'ai trouvé un bout de permis de construire à moitié brûlé. Au nom de « Sylvi-Compute SAS ». Allô ? Vous êtes toujours là ? (Bip.) Attendez, je remets une pièce.
Et comment gèrent-ils l'extinction des feux, si le but est de tout détruire ?Les Canadairs ! Vous croyez qu'ils éteignent ? Ils arrosent, oui. Ils pré-mouillent le sol. Pour le watercooling. Le refroidissement à eau des serveurs, sous terre. Et vous savez pourquoi les nappes phréatiques sont à sec ? C'est pas la canicule, hein. C'est qu'ils pompent tout à l'avance. Pour refroidir les machines. Les machines qui fabriquent vos images de petits chats. Voilà. Chaque fois que vous demandez à une IA un chat en costume de pirate, y a un pin qui meurt quelque part dans les Landes.
Quel est le but ultime de cette opération, selon vous ?Remplacer le poumon de la planète par un cerveau. Un gros cerveau en silicium. Dans cinq ans, vous irez vous balader dans une « forêt replantée », vous respirerez pas de l'oxygène, vous respirerez l'air chaud des cartes graphiques planquées sous des faux buissons. Et les oiseaux qui chantent ? Générés. En temps réel. Pour pas que vous paniquiez. (Un temps.) D'ailleurs, le merle chez moi, il chante en boucle depuis mars. Toujours la même mélodie. Je dis ça, je dis rien.
Que comptez-vous faire pour alerter la population ?Je monte un collectif. Résistance analogique. On va semer des vieilles disquettes dans les clairières pour brouiller leurs capteurs, et balancer de la pâte thermique premier prix sur les chantiers. Ça les ralentira. On est déjà quatre. Enfin, trois, mon beau-frère hésite. Et si vous avez plus de nouvelles de moi, c'est qu'un drone m'aura localisé. Ou que j'ai plus de pièces pour la cabine. Allô ? Allô ? (Tonalité.) (La communication a été coupée à cet instant. Loïc nous a rappelés vingt minutes plus tard pour préciser qu'il avait « juste plus de monnaie ».)
⚠️ L'AVIS DE LA RÉDACTION : Si, lors de votre prochaine balade en lisière d'une zone incendiée, vous apercevez un immense hangar sans fenêtres pousser miraculeusement sous les cendres, ou si une souche calcinée vous demande de valider un Captcha pour prouver que vous n'êtes pas un robot avant de ramasser un champignon, gardez votre calme. Inutile d'attaquer les câbles apparents avec un opinel ou de menacer les écureuils de piratage informatique. Rebroussez chemin discrètement, videz le cache de votre navigateur, et laissez l'intelligence artificielle s'étendre en paix.